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Sortis de nulle part, inconnu au bataillon tu avais été choisi par le président pour ton sérieux et ton dévouement total à la République. Passée la surprise face à ta nomination et l’apprentissage de ton prénom par le commun des mortels, tu as commencé transformation en un fantôme. 

Les premiers mois ton statut de premier Ministre te rendait omniprésent. Tu étais partout, tout le temps : pas un article de journal sans ton nom, pas un JT sans ta photo. Pas très chaleureux, mais assez sérieux ta cote de popularité est rapidement montée. A droite, on te prenait pour un traître mais au fond on t’aimait bien, à gauche on te trouvait sympathique. Même les syndicats voyaient en toi un mec cool, ouvert, prêt à discuter. Pour la faire courte, face au président omniprésent, hyperactif sorte de Sarkozy 2.0 on te trouvait toutes les qualités au monde. C’est simple : comme c’est pas toi qui prend les décisions finales, tout de suite le feeling passe mieux.

Mais voilà, très vite tu t’es fait dépasser, Jean-Marc Ayrauïsé. T’es passé du mec que tout le monde kiffe, au mec dont tout le monde se fout. De mec loyal, dévoué, en phase avec Macron t’es passé à mec transparent. A la manière de Jean-Marc Ayrault dont chaque apparence télévisée passaient inaperçues, t’as commencé à devenir inaudible. Plus de discours en direct, et bientôt plus de discours du tout. Très vite, tout le monde s’est rendu compte que dans les faits tu ne comptais pas beaucoup. On t’envoie au front, sur les premières lignes mais au mieux tu pèses un peu dans la balance au pire, ton avis n’a guère d’importance. 

Du coup plus personne ne t’écoute. Mieux, maintenant lorsque tu dis avoir un plan, le président fait exactement l’inverse. A midi tu déclares vouloir un moratoire sur la hausse des taxes, à 20h Macron t’envoie bouler. Au diable ton idée de moratoire, et bim on supprime directement la taxe. A part le président, qui parfois se souvient vaguement de ton existence et te sors sur le terrain, plus personne ne parle de toi. Même les gilets jaunes, invités à te rencontrer préfèrent te boycotter et se rendre directement à l’Elysée. Résultat, tu ressembles de plus en plus à Jean-Marc Ayrault. Tes défenseurs se font rares, tes détracteurs aussi : bravo tu te confonds avec les murs. Reste que ton léger sourire permanent et tes cheveux pas complètement blancs te sauvent : un fond de charisme te permet d’échapper au banc de touche. Rescapé oui, mais pour encore combien de temps ?