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Tina a raison, la presse se meurt et surtout celle de qualité X. Sans peur et avec reproches elle s’est procurée l’un des tirages les moins confidentiels des kiosques : « Hot Vidéo » et telle une nymphette a affiché fièrement sa préférence dans le métro.  

 

À l’évocation de « Hot Vidéo », un seul mot émerge : nostalgie.
Comment se fait-il que de gros nibards et du foutre plein le dard puissent provoquer ce sentiment étrange ? Chacun a sa petite histoire avec Tabatha Cash, Lolo Ferrari, et entre autres, le film érotique diffusé après les Contes de la Crypte sur M6, désolée les jeunes, c’était avant Pornhub.

Perso, tout commence au bureau de tabac rue Limas à Avignon, à l’époque, ça fumait gitane sur gitane dans le café et qu’un gosse de 8 ans en respire les grosses bouffées, ça ne choquait personne, au contraire. Parents, amis des parents, leurs enfants, commerçants, alcooliques mondains et notables, tous se croisaient le dimanche matin, se tapaient allégrement sur l’épaule, descendaient du pastis à 11h du mat, proféraient des blagues salaces, bref le début des nineties expirait une nonchalance joyeuse. Ainsi, dans ce cadre rêvé, je pus me rincer l’œil en toute sérénité sur Entrevue, les Fluide glacial 100% cul où je découvrais des pages noircies de glands carnivores qui insultaient leurs maîtres incapables de baiser des meufs, soit autant de réjouissances littéraires qui m’éloignaient un peu plus des Malheurs de Sophie et me rapprochaient des émissions hot de Skyrock.
Alors quand il fallut un volontaire pour lire et redécouvrir le magazine Hot Vidéo – ce mag  adepte des couv du style « Trahie, elle se lance dans le porno » – si possible, dans le métro, pour étudier les réactions des voyageurs, je leva la main (blague au pied levé).

 

Moteur, action.
Tout d’abord, cette expérience sociétale débute par l’achat de la revue, 10 balles quand même, mais avec 3 DVD à la clef. Ayant une affinité avec les mots, je m’amuse de trouver en cadeau le film « La libraire », où, j’imagine qu’après la fermeture de la boutique, les lettres X d’un scrabble un peu spécial du genre action ou vérité, doivent faire monter la température avec des dialogues de haute volée bien sûr :
  « Ça rapporte combien, « bite » ?
– Bah je sais pas, montre la tienne pour voir. »
Bref, je demande donc au kiosquier pas loin de chez moi à côté du métro Saint-Georges, s’il est possible de se procurer le magazine. Il me répond laconique « On fait pas ça ici ».
Ah bon ?
Les bobos du 9e ne se paluchent plus devant des revues 100% gros seins ? C’est grave Docteur ? Mais quand je découvre l’affiche de la série « Plan Cœur »  placardée dans le métro sur laquelle des trentenaires détartrés enroulés de pulls en cachemire sont en gros plan et se sourient bêtement, ben on a envie de dire « gardez vos plaids et vos soirées raclettes, on repassera pour la partouze ».

A côté de Solferino, l’ambiance n’est pas la même. Deux hommes « mûrs » tiennent la boutique et quand je demande s’ils vendent le titre « Hot Vidéo », ils me répondent effarés « Bien sûr, il y a tout ce qu’il faut sur la rangée du haut. En effet, elle est garnie de mags érotiques et pornos. Je me dis que derrière les rideaux en coton de soie du 7e et les chaussettes en fil d’Ecosse de leurs occupants, ça tringle à mort avant de se confesser. 

La revue en main, je teste donc la ligne 12, après avoir pris soin d’émailler les pages de posts-it, genre j’ai pas acheté Hot Vidéo uniquement pour mater les gros seins de Jade Kush, mais aussi pour me cultiver, et parvenir à garder mon sérieux. Impossible. Je teste 14 stations, et à chaque fois que je m’apprête à sortir le mag du sac, je me tape un fou rire. Alors, c’est quoi ce soudain relent de pudibonderie ?  Merde, j’ai 34 ans et j’ai l’impression de revenir à mes 8 ans, guettant ma mère du coin de l’œil pour reluquer peinarde L’Echo des savanes. Et puis, dispersée, je me rends compte qu’une dame d’une cinquantaine d’années me sourit, je la regarde puis je regarde mes genoux, la poisse, je viens de sortir par mégarde une culotte sale, enfouie bien au fond de mon sac après une nuit torride. La conne. C’est plus un fou rire mais un fard que je me tape. J’ai beau avoir testé le stand up plusieurs fois et avoir raconté des choses bien dégueulasses, là je sèche. Lol.

 

Tuto sexo

 

Deuxième jour,  je me dis « vas-y, on est en démocratie », je fais tout de même attention aux enfants qui pourraient être présents dans le wagon, parce que bon la double péné de Jade Kush, c’est pas Mon ami Flicka et les double poney de Mary O’Hara. J’insiste aussi sur le fait que l’attentat à la pudeur sans violence, ça représente 6000 balles. L’aspect financier de l’outrage me permet très vite de stopper la rigolade et je tiens putain !

Faut tout de même reconnaître qu’Hot Vidéo c’est pas le Jules Verne du cul, autrement dit, niveau imagination et ligne éditoriale, ça frôle le zéro. Disons que nous sommes plus en présence d’un Voici porno avec des légendes moins fun. Ensuite, le chemin de fer s’avère plutôt basique :  seins-pipe-péné-péné/ sein-pipe-sein-sein-péné. Si le solfège avait été aussi simple, on serait tous musiciens.

Dans mon wagon, du côté masculin, je constate que les hommes présents  étudient eux aussi religieusement les attributs de Jade, quelques femmes allant de 30 à 40 ans se marrent, deux vieilles me mitraillent de leurs prunelles, une jeune fille me drague. Ok, je m’attendais pas tout à fait à ça, mais in fine, il me semble que personne ne me prend vraiment au sérieux parce que j’ai pas le look. Sauf peut-être la jeune, qui doit penser que je bosse dans le porno. Déso ma grande, mais j’ai pas les zéro-suce des stars du X.

Le lendemain, en pleine rénovation de ma salle de bain et après avoir passé une gueulante parce que l’équipe travaille un jour sur deux et que 3 semaines pour refaire 6 mètres carrés c’est abusé, j’oublie le mag et les DVD sur mon canapé. Fail.
Je suis rentrée chez moi le jour d’après, la salle de bain était terminée et deux DVD avaient disparu. Merci Hot Vidéo.